en 10 saveurs

Entreprise adaptée mais entreprise avant tout !

Nathalie et Christophe Gerrier étaient plutôt connus jusqu’à présent pour le succès d’Handirect, prestataire de services pour les entreprises. Pourtant, ils ont ouvert en 2019 En 10 saveurs, salade bar devenu le spécialiste des empanadas à la française au gré de la crise sanitaire. L’adaptation, ils connaissent !

l’idée

« Contrairement au modèle économique basé sur des dons qui fonctionne sur la défiscalisation, dans l’entreprise adaptée, la société participe. L’entreprise adaptée, c’est une entreprise comme les autres, elle doit être rentable. »

Un nom, un jeu de mot, pour évoquer le handicap

En 10 saveurs, c’est le culinaire avant tout et un clin d’œil à sa société grande sœur, Handirect, née plus de 20 ans en arrière. La société ayant beaucoup évolué sur le handicap, Nathalie et Christophe ont pu jouer sur l’orthographe pour le nom de leur nouveau bébé : « En 10 » pour « Handi ».

l’histoire

Le handicap, c’est une des premières discriminations à l’embauche dans le monde. Il y a 23 ans, nous avons créé Handirect, entreprise adaptée prestataire de services administratifs qui emploie une majorité de personnes en situation de handicap. C’est 170 personnes en France avec 18 agences. Notre premier métier, c’était le routage. Avec le digital, les tâches sont devenues plus complexes, on fait des travaux plus techniques, de la gestion de visites médicales, de la réconciliation financière. Cette évolution a éloigné de nous les personnes avec un handicap mental ou cognitif. Avec En 10 saveurs, on a voulu proposer des emplois à ces personnes. 

fiche d’identité

Date de création : mars 2019.

Adresse : 39 Rue Raspail à Levallois-Perret

Du Lundi au Vendredi de 08h à 20h

Restauration sur place et vente à emporter et livraison à domicile

7 salariés dont 5 en situation de handicap et 2 services civiques 

Entreprise adaptée

un parcours d’entrepreneurs

Une vision pour l’entrepreneuriat social

Au départ, la motivation pour créer une entreprise adaptée ne provenait pas d’une motivation personnelle ou d’une histoire familiale. Ça l’est devenu… C’est après avoir créé Handirect, que nous avons eu des enfants, trois garçons, dont Marin qui est porteur de trisomie 21 et qui a 19 ans aujourd’hui. 

Mais à l’époque de la création d’Handirect, l’idée a germé face à l’émergence annoncée du télétravail. Internet en était à ses balbutiements. Christophe travaillait dans les satellites, moi j’étais commerciale. On pensait proposer des emplois en télétravail. Très naïvement, on pensait que : qui dit handicap, dit fauteuil roulant… Donc, on imaginait travailler avec des personnes qui seraient en fauteuil roulant et qui travailleraient de chez eux… Finalement, on n’a embauché personne en télétravail et une personne en fauteuil roulant en 25 ans… Le projet a beaucoup évolué…

Un projet dans la restauration qui a pris le temps de mûrir 

A l’origine, il y a plus de sept ans, le restaurant italien La Locanda dei Girasoli a beaucoup fait parler de lui. Nous sommes allés les voir, nous avons discuté avec eux. Nous avons également contacté Teams aux Etats-Unis. Nous voulions même contacter une chaîne de boulangeries à Taïwan mais cela s’est révélé trop compliqué. Et puis, on a mis longtemps à se décider car la restauration n’est pas du tout notre cœur de métier. Alors, on a étudié d’autres projets qui n’ont pas marché : une légumerie, une entreprise de services aux commerçants, etc. Et on est revenu à l’idée de départ, un restaurant !

la crise sanitaire nous a conduit à entièrement revoir notre offre

La première année, notre restaurant proposait une restauration de déjeuner pour respecter l’équilibre de vie des salariés. À Levallois-Perret, nous sommes dans un quartier assez mixte entre les bureaux et les habitations, avec une cicle principale sur les bureaux. 

Avec le confinement, on a changé définitivement tout notre modèle. On a voulu fêter notre premier anniversaire en faisant une grande fête. On l’a fêté en fermant ! On s’est dit que cette situation très spéciale allait revenir… 

On s’est donc adapté à une offre 100% à emporter et en livraison. On a confiné nos tartes avec une offre d’empanadas à la française : chaussons gourmands avec des saveurs de nos régions. On est en train de refaire tout notre site internet pour qu’il soit en vente à emporter. On est sur Uber eats et Deliveroo. On a une offre qui plait beaucoup. Avec nos empanadas, c’est vraiment un appel au voyage, au pic nic, à l’apéro. 

focus sur le statut d’entreprise adaptée

On est une entreprise adaptée, donc nous avons ce que l’on appelle : une aide au poste, c’est l’équivalent de la RLH (Reconnaissance de la Lourdeur du Handicap) des entreprises ordinaires. L’entreprise adaptée, c’est un système très compliqué. C’est une bataille. On connait bien le sujet, depuis 2007, Handirect est une entreprise adaptée, alors que l’entreprise adaptée n’existe que depuis 2005. L’aide au poste est à peu près au même niveau que la reconnaissance de la lourdeur du handicap. L’intérêt de l’entreprise adaptée pour une entreprise cliente, est qu’elle bénéficie de la réduction de sa taxe agefiph. Beaucoup de gens pensent que nous sommes un ESAT. Mais non, l’entreprise adaptée, c’est une entreprise comme les autres, elle doit être rentable !

la formation professionnelle, un passage obligé

Des profils variés

Au restaurant, on emploie des personnes avec des handicaps divers : des personnes porteuses de trisomie 21, une personne avec un handicap non identifié et des personnes avec autisme. Depuis le déconfinement, notre fils, Marin travaille avec nous car tout s’était arrêté pour lui. Il rentre en CAP, anciennement nommé CAP « agent polyvalent de restauration », qui va changer de nom pour s’ouvrir à la restauration rapide et s’appeler PSR : Production et services en restauration

Côté encadrement, le double profil restauration/handicap ne s’étant pas révélé concluant, on a opté pour des professionnels de la restauration. 

L’importance de la formation

Nous n’avons que des jeunes en premier emploi. Deux d’entre eux n’ont pas de formation et ça manque. Si on ouvre un deuxième restaurant, on fera attention à ça. C’est vraiment important qu’ils aient des formations ou des stages avant de démarrer ou en alternance.

Des entretiens d’embauche, oui, mais sans les parents

Une des missions de l’association Grandir en société que nous avons créée, est d’entraîner les jeunes aux entretiens d’embauche. Pour En 10 saveurs, elle a donc géré les entretiens avec les accompagnants. Jamais avec les parents. Je suis moi-même parent et je sais que l’on peut avoir un côté « sensible » qui peut desservir nos enfants. 

des projets ?

Côté association, sensibiliser

Avec notre association, on souhaite monter des ateliers avec un chef cuisinier qui travaille avec une personne en situation de handicap mental et inviter des restaurateurs pour leur donner envie de le faire aussi. 

Côté restaurant, conforter le modèle

Prouver que notre concept marche avant d’en ouvrir un deuxième. Il faut qu’on fasse toutes les bêtises, tous les trucs sur lesquels il faut qu’on se plante… Voir ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas, en tirer les conséquences, avant d’en ouvrir un deuxième.

retour d’expérience

Ce qui vous fait avancer chez En 10 saveurs ?

Arriver le matin et voir nos salariés qui ont la patate, arriver à rentabiliser le restaurant, avoir un concept culinaire fort !

Ce qui vous anime ?

Quand on est porteur de trisomie 21, d’autisme ou d’autre chose, on a sa personnalité, on peut être très sympa, comme très pénible, on peut être de caractère facile, comme de caractère difficile… Je trouve ça fatigant de dire qu’ils sont extraordinaires… en fait, ils sont ordinaires ! J’aimerais bien être dans la phase d’après… où on dira : ils sont tous simplement ordinaires !

Qu’est ce qui est plus facile que vous ne pensiez ?

Etonnement, travailler avec nos salariés. Même si je connaissais le handicap, ils n’étaient pas tous en situation de handicap mental et cognitif. On est allé un peu plus loin et ça nous conforte.

on devient plus créatifs, plus intelligents

Savez-vous que c’est plus facile d’apprendre une notion compliquée à un étudiant en math que d’apprendre 3+3 à une personne avec une déficience intellectuelle ? Quand vous avez réussi, quel succès ! C’est très très très valorisant de travailler avec des personnes en situation de handicap mental ou cognitif. On se bonifie et on réfléchit mieux. On va s’adapter plus facilement, on va chercher des solutions, on va tester des trucs. On devient probablement plus intelligent.