Bastien ritter

Une vie de judo

Sa ceinture noire de judo, Bastien Ritter la mérite. Obtenue en novembre dernier, il a fallu pourtant deux années de combat pour l’obtenir. A 27 ans, avec une trisomie 21 et une surdité, le judo fait partie intégrante de sa vie et lui a même ouvert les portes du cinéma dans le film « Apprendre à t’aimer » aux côtés de Julie de Bona et Ary Abittan. Le Mag remercie chaleureusement la réalisatrice Stéphanie Pillonca pour la mise en contact avec les parents de Bastien Ritter.

Entretien réalisé par téléphone auprès de Jean-Baptiste et Ange-Marie Ritter le 10 février 2021.

Pourquoi pas le judo ?

A l’âge de 5 ans, Bastien a commencé par la Baby gym. Juste à côté, il y avait le dojo, la salle où se pratique le judo. Nous connaissions très bien la professeur, une amie. Elle avait notamment publié un article dans Var Matin lors de problèmes de scolarisation de Bastien à l’école ordinaire du quartier lorsqu’il avait 3 ans. C’est elle qui nous a proposé de faire essayer le judo à Bastien. D’abord réticents, du fait de sa trisomie 21, nous avons finalement accepté. Et Bastien a bien accroché à ce sport, qu’il a pratiqué jusqu’à l’âge de 10 ans.

« A 10 ANS, ON ARRÊTE TOUT »

Suite à une radio du rachis cervical, le radiologue nous a alerté de risques de déboiter la colonne au niveau des cervicales. Il a fallu arrêter le judo. Nous avons donc choisi d’orienter Bastien vers le foot. Le sport lui plaisait bien, l’équipe locale l’avait accepté sans trop de problèmes. Mais on a senti rapidement que ça gênait au niveau du club, que c’était compliqué… Résultat, on l’a enlevé du foot. A une radio de contrôle, nous nous sommes rendu compte qu’il y avait eu une mauvaise interprétation du radiologue… et Bastien a pu prendre le judo après cette interruption de deux ans !

Nous avons alors réalisé que ce sport était vraiment adapté pour lui. Notamment, au niveau des consignes, qui, contrairement au foot, sont dirigées et données en amont de l’action. Avec sa surdité, le foot, ça ne pouvait pas coller de toute façon, car les consignes sont données au fur et à mesure des actions et à distance.

 

« Je ne connaissais pas ces qualités à mon fils »

Ensuite, il a gravi tous les échelons du judo, passé ses ceintures. Mais il était le seul du club à ne pas faire de compétitions. L’entraîneur nous a, alors, orienté vers le responsable départemental du sport adapté. Et Bastien a pu faire sa première compétition régionale quelques semaines après à Marseille. Il y a même fait un podium, dans sa catégorie d’âge et de poids. Le prof était un peu surpris. Nous, également. D’autant que les handicaps sont très divers et peuvent être parfois légers, comme l’hyperactivité, par exemple. Je ne l’avais jamais vu faire du judo avant cette compétition puisque j’avais pour habitude de le déposer à ses cours, sans rester. J’ai découvert des qualités que je ne connaissais pas à mon fils.

« A 18 ans, il fait son premier championnat de France et décroche la médaille de bronze »

Suite à cela, Bastien a participé à la plupart des compétitions. Et, au vu de ses résultats, il s’est qualifié pour les championnats de France, à Saint Michel sur Orge, dans les Yvelines. Il avait alors 18 ans. Pour ce premier championnat de France, il a décroché la médaille de bronze en présence de Jean-Luc Rougé, Président de la Fédération Française de Judo. Nous étions très fiers. Nous comprenions alors qu’il était fait pour ce sport : il est doué, il a de la technique, il a de la force. Sourd profond de l’oreille gauche et malentendant et appareillé de l’oreille droite, au judo, sa surdité passe au second plan. Lorsqu’il fait des compétitions, j’en informe les arbitres pour qu’il lui parle du côté droit lorsqu’ils donnent des consignes.

Bastien est un vrai judoka !

Après plusieurs compétitions et podiums, Bastien a émis le vœu de passer sa ceinture noire. Or le club où il était n’avait plus de groupes d’adultes. Olivier, un judoka du club s’est alors proposé spontanément : « Je ne suis pas prof de judo mais je vous propose d’aider Bastien à passer sa ceinture noire. » Spontanément, il s’est mis à disposition. Aujourd’hui, il ne pratique plus le judo mais on est toujours en contact et il continue de suivre les résultats de Bastien. Avec lui, Bastien a rejoint un groupe de compétiteurs d’un autre club de notre ville. J’étais un peu incertain car je ne savais pas si Bastien était au niveau pour ce groupe. Mais Aymeric, l’entraîneur nous a vite rassuré, il nous a dit « ne vous inquiétez pas, Bastien est un vrai judoka ! et pour la ceinture noire, ça va le faire… ».

« Il a obtenu sa ceinture noire mais la Fédération Française de Judo a mis un veto »

Il s’est entraîné comme un fou pendant un an. Il avait 4 entraînements, entre 10 et 12 heures de judo par semaine. Il était toujours hyper motivé, toujours envie. Il savait qu’au bout du tunnel, c’était la ceinture noire. Au bout d’un an de travail acharné, on a présenté Bastien à Sainte Maxime et il a passé sa ceinture noire. Et là, a commencé une époque un petit peu triste. Il a obtenu sa ceinture noire mais la Fédération Française de Judo a mis un veto sous prétexte que la règle dit, qu’en plus des katas, il faut avoir obtenu 100 points en compétitions. Or, les compétitions en sport adapté ne comptent pas…

 

Vous êtes secrétaire adjointe de Down Up, pouvez-vous nous présenter cette association ?

Nous avons fait des courriers à la Fédération, monté un dossier de demande de grade exceptionnel, que nous avons envoyé plusieurs fois car il était soi-disant arrivé trop tard, avait été oublié ou perdu… Heureusement, grâce à la réalisatrice Stéphanie Pillonca, le judo de Bastien a été mis envaleur dans son film « Apprendre à t’aimer ». David Douillet qui a vu le film, a pris en charge personnellement le dossier de Bastien, et une semaine après, l’affaire était réglée. Il aura donc fallu deux ans et un sacré coup de pouce, pour qu’il ait sa ceinture noire officiellement. Nous espérons que cette histoire fasse prendre conscience du problème d’équivalence dans le sport adapté

Pendant le tournage, tout le monde voulait faire du judo avec lui

C’est par l’intermédiaire de l’association Trisomie 21 Var que nous avons été en contact avec la réalisatrice Stéphanie Pillonca. Emus par le scénario et une fois évacuée la question de sa surdité et de sa capacité d’élocution limitée, nous nous sommes lancés dans cette nouvelle aventure. Le tournage a duré deux jours. C’était des moments supers. Tout le monde voulait faire du judo avec Bastien. L’ambiance autour du film était très bienveillante. Tout le monde était au top, les caméramans, les coiffeuses, toute l’équipe. Le combat de judo qu’il fait dans le film, est avec Raphaël, le professeur qui l’entraîne au quotidien et qui a tout de suite accepté de participer à l’aventure.

Une vie tout ce qu’il y a de plus ordinaire

Côté emploi, Bastien travaille à la cuisine de l’école de notre ville à Six Fours depuis six ans. A noter qu’il s’agit de l’école qui n’avait pas accepté de le scolariser quand il était petit… Il y travaille 4 jours par semaine en période scolaire. Il est titulaire d’un CAP d’agent polyvalent de restauration dont il a validé toutes les parties pratiques ; les parties écrites sont obtenues en Validation des Acquis de l’Expérience (VAE). Il est donc fonctionnaire titularisé et bénéficie de souplesse pour pouvoir participer aux compétitions. Côté logement, Bastien vit à la maison avec sa copine Jessica, qui vient également une partie du temps. Ils forment un couple tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Ils se connaissent depuis le collège et on fait le lycée ensemble. Prochainement, on va déménager pour que chacun ait son appartement en restant toutefois dans la même maison.