Eléonore Laloux

Par Eléonore Laloux

Eléonore Laloux, tout le monde la connaît ! Souvent porte-parole des personnes porteuses de trisomie 21, elle est élue au conseil municipal d’Arras et très engagée dans les associations. Le Mag a voulu la connaître un peu mieux et partager son parcours et ses motivations. Une fois n’est pas coutume, l’échange s’est fait par mail. Voici donc Eléonore Laloux par Eléonore Laloux.

Interview réalisée par mail le 13 février 2021.

Quel a été votre parcours scolaire et vos études ?

J’ai fait toute ma scolarité en milieu ouvert ordinaire. De septembre 1998 à juin 2001, j’ai été en classe d’Intégration Scolaire au Collège Les Louez-Dieu à Anzin St Aubin. De septembre 2001 à juin 2006, j’ai été en Classe d’Intégration Professionnelle du Lycée Privé Baudimont-Saint Charles à Arras.

 

Aujourd’hui vous avez un emploi en milieu ordinaire. Que faites-vous comme métier ?

Je suis agent administratif. Je travaille au service facturation d’un hôpital privé à Arras. Je fais de la mise sous pli. J’envoie des factures acquittées à des patients qui ont payé leurs frais de séjour. J’envoie des demandes de remboursement à des caisses d’assurance maladie et à des mutuelles. Je fais des photocopies.

Je crois que vous aimez la musique. Avez-vous d’autres passions ou activités ?

J’écoute du rock. Je joue de la guitare électrique. Je fais de l’aquaboxing deux fois par semaine. Je participe à des cours de cuisine. Je vais au concert, au cinéma. Je regarde la télé : Ushuaïa, des jeux de culture générale, des clips. Je fais de la marche, je lis, je chante. Je fais des soirées visio avec mes copines.

Vous faites aussi de la politique, comment êtes-vous arrivée en politique ?

Au départ je n’ai pas choisi de faire la politique, c’est Frédéric Leturque qui m’a proposé d’être sur sa liste municipale et j’ai accepté.

Pourquoi avoir voulu être élue dans votre ville?

Ce n’était pas un choix de ma part. C’est arrivé de façon inopinée. J’ai eu plusieurs entretiens avec le Maire. Le premier entretien : c’était une simple conversation. Frédéric Leturque m’a proposé de prendre le temps de la réflexion et de revenir. Deuxième entretien : je suis revenue avec mes propositions que j’ai montrées au maire. Il m’a dit que c’était des bonnes idées. Troisième entretien : il m’a proposé d’être sur sa liste municipale et j’ai accepté car je peux apporter des belles choses dans ma ville. Je peux apporter beaucoup de bonheur, de la couleur qui pète, voir les Arrageois heureux. Et rendre ma ville un modèle de ville plus inclusive.

On y fait quoi au conseil municipal ?
Ça vous prend beaucoup de temps ?

Au conseil municipal, le Maire nous donne l’ordre du jour. Il y a plusieurs thèmes à aborder. Il y a des délibérations et des décisions à prendre. Il y a aussi la présentation de plusieurs transitions : écologique, numérique et inclusive avec différentes slides.

Le Maire envoie à tous les élus des documents à lire avant les réunions du conseil municipal ou du Groupe Majoritaire. Oui ça prend beaucoup de temps car il faut lire tous les documents et il y a beaucoup de choses à lire.

 

Vous êtes secrétaire adjointe de Down Up, pouvez-vous nous présenter cette association ?

Down Up, c’est une association arrageoise dont mon père est le président depuis ma naissance. C’est une association de parents d’enfant ayant une trisomie 21 qui accueille aussi des personnes qui sont autistes ou des personnes qui ont d’autres handicaps. Down Up propose beaucoup d’activités comme des cours de cuisine, des cours de zumba, de bien-être, des groupes de parole, des ateliers théâtre, des rencontres en visioconférence et plein d’autres choses. Grâce à Down Up, des personnes fragilisées, avec une trisomie 21, autisme ou autre, ont leur propre appartement à proximité de l’association.

Vous êtes également à la tête du Collectif Les Amis d'Éléonore. Que fait ce collectif?

Le collectif Les Amis d’Eléonore conseille les mamans qui attendent un nouveau-né atteint de la trisomie 21. Je pense qu’il ne faut pas les stigmatiser ni les supprimer car ce sont avant tout des êtres humains comme les autres. On a fait des conférences de presse un peu partout en France, en Suisse, en Espagne. Je raconte tout simplement mon vécu et ce que je vis en ce moment.

Vous parlez des droits et de la dignité des personnes handicapées. Pouvez-vous nous expliquer votre combat ?

A l’âge d’un an, j’ai été opérée du cœur. J’ai fait une infection à staphylocoque et j’ai été isolée en chambre stérile. Je voyais mes parents par la vitre, ça m’a donné envie de continuer à me battre pour vivre. J’ai eu d’autres opérations. A chaque fois je me suis relevée et je suis restée debout. Je trouve qu’il faut rester digne, humble et surtout avoir le droit d’aller l’école comme les autres enfants, le droit de vivre sa vie tout simplement. Comme avoir son propre chez soi. Moi j’ai mon appartement depuis août 2011 et je suis autonome. Je me fais à manger toute seule, je gère mes rendez-vous, je prends le bus pour aller au travail. Depuis que je suis conseillère municipale. Je suis fière de moi car je suis un exemple pour beaucoup de gens.

Pourquoi avez-vous écrit le livre « triso et alors ? »

C’était une demande de l’éditeur que j’écrive un livre et dedans je raconte tout mon parcours de vie.

Qu’est-ce que ce livre a changé pour vous ?

Pour moi mon livre a changé beaucoup de choses en positif parce que les regards ont changé, j’ai reçu beaucoup de messages de félicitations. Je donne de l’espoir aux parents qui ont un enfant en situation de handicap. Ça me fait du bien de les entendre m’encourager.

Vous avez participé au film « J’irai décrocher la lune ». Vous avez aimé faire du cinéma ?

Ce n’était pas du cinéma. Le réalisateur nous a filmé dans notre vie quotidienne.

Pensez-vous que ce film est fidèle à votre réalité ?

Moi je trouve que les protagonistes ne jouent pas, c’est notre propre vie de tous les jours, oui c’est la réalité. Ce film a cassé les préjugés vis-à-vis des jeunes qui ont la trisomie 21. Je vous recommande de voir ce film..

Quels sont vos projets en ce moment ?

J’ai deux projets :
Un projet qui me tient à cœur, c’est l’incluthon : c’est un évènement qui rassemble des personnes en situation de handicap et des personnes qui n’ont pas de handicap dans des activités sportives ou culturelles.

Mon deuxième projet, c’est le Nudge : ça veut dire un petit coup de coude bienveillant pour encourager dans la bonne direction, une méthode douce pour inspirer et faire changer les comportements des Arrageois et pour aider les personnes en situation de handicap en détournant les objets pour les rendre ludiques..

Avez-vous un message pour les personnes qui ont une trisomie 21 aujourd’hui ?

Je veux leur dire qu’elles ont leur place en milieu ordinaire et que ce sont des citoyens à part entière.

Avez-vous des choses à ajouter dont nous n’aurions pas parlé ?

Moi je trouve que les personnes qui ont une trisomie 21 sont heureuses parce qu’elles donnent beaucoup d’amour, d’affection et de bonheur. On est des personnes très attachantes.